Overblog Tous les blogs Top blogs Emploi, Enseignement & Etudes Tous les blogs Emploi, Enseignement & Etudes
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
BakHemRa formations
Articles récents

La vengeance symbolique : le pouvoir face à sa propre catharsis numérique

5 Octobre 2025

La vengeance symbolique : le pouvoir face à sa propre catharsis numérique

Lorsque Emmanuel Macron dénonce, en octobre 2025, « la haine », « la violence » et « le complotisme » qui se propagent sur les réseaux sociaux, il pointe du doigt ce qu’il considère comme une dégradation du débat public. Mais ce qu’il décrit, sans le nommer, c’est le retour du refoulé politique : la revanche symbolique d’un peuple privé de réels contre-pouvoirs.

 

Depuis plusieurs décennies, le pouvoir politique s’est émancipé des formes traditionnelles de responsabilité :

 

  • les médias ont été absorbés ou domestiqués ;
  • la justice a été instrumentalisée ou neutralisée ;
  • les partis, syndicats et corps intermédiaires ont été vidés de leur substance.

 

 

En cherchant à gouverner sans frein, le pouvoir a confisqué les espaces où la parole critique pouvait s’exercer dans des formes structurées et civilisées.

Le résultat : la colère s’est déplacée, hors des institutions, vers les réseaux — ces nouveaux espaces d’expression immédiate, anarchique, pulsionnelle.

 

 

 

 

Les réseaux sociaux comme théâtre cathartique

 

 

Sur ces plateformes, le citoyen retrouve un simulacre de puissance : il peut dénoncer, moquer, insulter, tourner en dérision ceux qui le gouvernent.

Ce n’est pas une révolution politique — c’est une catharsis : un exutoire collectif où s’exprime l’impuissance par le sarcasme, la colère, la dérision.

 

Cette violence verbale, que Macron juge destructrice, est en réalité le miroir de la violence institutionnelle :

celle d’un pouvoir sans réciprocité, d’une verticalité coupée du réel, d’un discours qui exige l’obéissance tout en niant la responsabilité.

La haine numérique devient ainsi le symptôme d’un manque de justice — la tentative du corps social de compenser l’absence de régulation éthique.

 

 

 

 

Le paradoxe du pouvoir contemporain

 

 

Ce qui maintient aujourd’hui le pouvoir en place n’est plus l’adhésion, ni la confiance, mais la canalisation de la colère.

Les réseaux sociaux jouent ce rôle : ils absorbent l’énergie contestataire, la convertissent en flux émotionnels inoffensifs, en indignations fugaces.

Le pouvoir tire profit de cette mécanique cathartique : la haine qui s’exprime en ligne ne se traduit pas en action politique organisée.

Elle se dissipe dans le bruit.

 

Mais cette stratégie a un prix : la perte du sens, du symbolique, du sacré du politique.

Le pouvoir, en se déchargeant de la responsabilité réelle, devient l’objet d’un lynchage permanent.

Ce qu’il voulait neutraliser — la colère, le jugement, la sanction morale — revient sous forme de satire, de moquerie, de diffamation :

une justice poétique, brutale, mais implacable.

 

 

 

 

Un théâtre du châtiment

 

 

On pourrait dire que les réseaux sociaux sont devenus le tribunal inconscient du politique.

Ils rétablissent, de manière chaotique, ce que les institutions ont trahi : le principe de reddition de comptes.

Les insultes et les “memes” remplacent le procès ; la dérision remplace la sanction.

 

Macron déplore cette violence — mais elle est la conséquence directe du vide qu’il incarne :

celui d’une autorité qui ne répond plus de rien.

La “haine” dont il parle est la forme pathologique de la responsabilité qu’il a voulu fuir.

 

 

 

 

Conclusion

 

 

Ainsi, le pouvoir contemporain est pris au piège d’une dialectique qu’il ne maîtrise plus :

 

  • en cherchant à neutraliser les contre-pouvoirs, il a suscité une vengeance symbolique ;
  • en voulant contrôler la parole, il a déclenché un torrent de paroles incontrôlables ;
  • en niant la responsabilité réelle, il subit la responsabilité imaginaire, virale, amplifiée par les réseaux.

 

 

Macron, en dénonçant le désordre numérique, dénonce le miroir dans lequel se reflète son propre pouvoir :

celui d’un système qui, en refusant la catharsis institutionnelle, a ouvert la voie à la catharsis populaire.

 

 

 

 

Lire la suite
Publicité