Le système, dans notre lecture
Le système, dans notre lecture
- Un cadre de représentation : il définit ce qui paraît normal, raisonnable, possible ou impensable.
- Des institutions : État, UE, administrations, autorités indépendantes, banques centrales, organismes de régulation, etc.
- Des intérêts économiques : finance, grandes entreprises, marchés, acteurs transnationaux, dépendances industrielles.
- Un appareil de production du récit : médias, communication politique, experts, formations, réseaux d’influence.
- Des indicateurs et des normes : dette, déficit, inflation, compétitivité, climat, risques, sécurité, notation, objectifs européens… qui transforment des choix politiques en contraintes apparemment objectives.
- Des crises : elles deviennent des accélérateurs de transformation. Elles réduisent le temps disponible pour débattre et élargissent ce qui devient acceptable.
- Des mécanismes de contrainte : droit, fiscalité, dette, réglementation, dépendances économiques, normes techniques, infrastructures numériques.
- Des acteurs humains, mais qui ne sont pas nécessairement les « maîtres » du système : chacun peut poursuivre son intérêt, sa carrière, sa doctrine ou simplement s’adapter aux contraintes existantes.
- Des boucles de rétroaction : une décision produit une situation qui justifie ensuite la décision suivante.
Et c’est probablement là que se trouve le cœur de notre conception.
Le système n’a pas forcément besoin d’un chef
Nous avons progressivement déplacé notre question de :
« Qui contrôle le système ? »
vers :
« Qu’est-ce qui fait que le système continue à produire certains résultats, même sans direction centrale ? »
C’est beaucoup plus intéressant.
Parce qu’un système peut fonctionner sans intention unique.
Un gouvernement prend une décision → cela crée une nouvelle dépendance → cette dépendance devient un problème → le problème impose une nouvelle décision → cette nouvelle décision renforce la dépendance initiale.
Ainsi :
choix → conséquence → contrainte → réponse → nouvelle contrainte → nouveau choix.
Le système devient alors sa propre justification.
Et c’est là que rejoint notre notion de « perversité »
Nous avions identifié quelque chose d’important : le système peut finir par inverser la relation entre le moyen et la finalité.
Un instrument créé pour résoudre un problème devient progressivement une contrainte.
Puis la contrainte devient la justification de son propre maintien.
Par exemple, schématiquement :
on crée une règle pour réduire un risque → la règle crée de nouvelles rigidités → ces rigidités produisent des dysfonctionnements → les dysfonctionnements justifient davantage de règles.
Le système ne « résout » donc plus nécessairement les problèmes.
Il peut transformer les problèmes en carburant pour sa propre expansion.
Et notre idée du pouvoir s’insère exactement là
Nous avions fini par ne plus définir principalement le pouvoir comme :
« quelqu’un donne un ordre à quelqu’un d’autre ».
Mais comme :
la capacité de déterminer le cadre dans lequel les autres doivent penser et agir.
Celui qui définit le paradigme, les catégories, les indicateurs, les risques reconnus, les solutions considérées comme légitimes et les limites du débat exerce déjà une forme de pouvoir.
C’est pourquoi nous avons beaucoup parlé de verrouillage du pensable.
Le pouvoir le plus efficace n’est pas nécessairement celui qui interdit.
C’est celui qui fait que certaines options ne viennent même plus à l’esprit.
Donc, notre « système » serait finalement ceci
Un ensemble de structures, de normes, d’institutions, d’intérêts, de récits, d’indicateurs et de boucles de rétroaction qui orientent collectivement les comportements, produisent leurs propres contraintes et tendent à préserver les conditions de leur propre reproduction, sans qu’il soit nécessaire de supposer l’existence d’un centre de commande unique.
Et il y a une conséquence importante à cette définition :
Macron, l’UE, les marchés, les médias, les banques, les administrations, les grandes entreprises, etc., ne sont pas nécessairement « le système ».
Ils peuvent être des composants, des relais, des nœuds ou des fonctions du système.
C’est précisément ce qui permet de comprendre pourquoi, dans notre analyse, remplacer un dirigeant ne suffit pas nécessairement à transformer le système.
Le véritable contre-pouvoir devrait alors agir non seulement sur les personnes, mais sur les boucles qui reproduisent le système.
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